Bassirou Diomaye Faye, une victoire qui se profile

Peut être une image de 1 personne, barbe et salle de presse

Bassirou Diomaye Faye, l'homme qui pourrait devenir président du Sénégal à 44 ans...

Extrait d'un article publié le 23 novembre 2023 par Jeune Afrique.

 

Né en 1980 à Ndiaganiao (région de Thiès), titulaire d’une maîtrise de droit, il est lui aussi diplômé de l’École nationale d’administration (ENA). En 2007, il rejoint la Direction générale des impôts et domaines. C’est là qu’il rencontre Sonko, qui fréquente la même salle de sport que lui. Il fait alors partie d’un noyau de sept inspecteurs des impôts qui se constitue autour de l’opposant.

Il est présent, fin 2014, lorsque le Pastef est créé dans une petite salle de l’université de Dakar. « On ne voulait pas être un parti politique de plus , on voulait être une alternative, confiait-il à Jeune Afrique. Il fallait prendre le pays et le changer. » S’il n’évolue pas encore au sein du Syndicat autonome des agents des impôts et domaines (SAID), fondé en 2005 par le maire de Ziguinchor, il en prendra la tête à partir de 2018.

« Les deux hommes sont interchangeables, assène Waly Diouf Bodian. La relation qui les lie relève plus de la fraternité que de l’amitié. Bassirou Diomaye Faye lui est extrêmement loyal – il a d’ailleurs un fils qui porte le nom d’Ousmane Sonko. » Discret, plus en retrait de la scène médiatique, l’homme de confiance de Sonko est un acteur de l’ombre de la percée fulgurante du parti politique antisystème, dont il devient le secrétaire général en octobre 2022. Responsable des cadres du Pastef et de la diaspora, l’inspecteur des impôts fut l’artisan de son maillage à l’étranger, notamment en Europe.

Son parcours d’opposant ne l’empêche pas d’évoluer au sein de l’administration fiscale. Chef de bureau du contentieux, Bassirou Diomaye Faye jouit d’une bonne réputation auprès de ses collègues. Plusieurs d’entre eux se sont d’ailleurs mis en grève au lendemain de son arrestation pour exiger sa libération immédiate.

Virginité politique

Mesuré, le responsable politique voulait « s’éloigner des extrêmes » au moment où des figures comme Nathalie Yamb ou Kemi Seba se rapprochaient du Pastef – sans pour autant verser dans une opposition « conciliante » qu’il n’a jamais envisagée. Est-ce cela qui a motivé le choix des responsables patriotes ? À l’heure où la Cour suprême statuait sur l’inéligibilité d’Ousmane Sonko, le 17 novembre, ses responsables savaient déjà qu’ils appelleraient les électeurs à le parrainer en cas de décision défavorable de la justice.

« Il renvoie l’image d’un homme pondéré. Ses rares sorties médiatiques sont appréciées. Et il bénéficie de l’indulgence de ses adversaires et même des journalistes défavorables au projet Pastef », affirme El Malick Ndiaye, secrétaire national à la communication du parti. Des signes semblaient pourtant indiquer que le choix se porterait sur le tempétueux Guy Marius Sagna. Le député au discours fermement souverainiste et opposé au néo-colonialisme avait lui-même entrepris à la mi-septembre une tournée en Europe, écumant les plateaux de télévisions françaises. Véritable ballon d’essai ou volonté de faire diversion ?

« Pour nous, ce serait une excellente chose qu’il choisisse Guy Marius Sagna », confiait un responsable de l’Alliance pour la République (APR, le parti présidentiel) en octobre. « Si c’était Bassirou Diomaye Faye, ce serait plus compliqué. On sent qu’il est authentique, et il possède la même virginité politique que Sonko. Surtout, il n’a jamais rien dit qui ne soit pas mesuré. Il a toujours adopté la bonne posture – peut-être même plus qu’Ousmane Sonko. Ce n’est peut-être pas un hasard s’il est en prison. »

« Nous avons été surpris qu’Ousmane Sonko accepte de choisir une alternative, vu son égocentrisme, tacle un autre cadre de l’APR. Mais ce choix montre qu’il est encore dans le bluff. Le Pastef dissous, aucun membre du bureau politique ne peut être éligible. » « La dissolution d’un parti politique n’entraîne pas la déchéance électorale de ses responsables, dément l’expert électoral Ndiaga Sylla. Ni la loi relative aux partis politiques, ni le code des obligations civiles et commerciales, ni le code électoral ne le stipulent. »

Échec aux locales

L’inspecteur des impôts ne peut en revanche pas se présenter comme candidat indépendant, selon l’article L57 du code électoral. « Sa candidature peut cependant être portée par un parti politique, une coalition de partis politiques ou une entité regroupant des personnes indépendantes. Cela ne devrait pas poser problème au Pastef dès lors qu’ils ont beaucoup d’alliés chefs de parti », explique l’expert électoral.

Autre handicap du responsable : il n’a jamais été élu nulle part. Candidat dans sa commune de Ndiaganiao lors des locales de janvier 2022, il n’avait obtenu que 17 % des voix face à la candidate de la majorité, élue à plus de 57 % des suffrages. « Au Pastef, le poids électoral d’un membre ne compte pas. N’importe qui peut gagner haut la main une élection s’il a l’onction de notre leader », répond Alioune Sall.

Néanmoins beaucoup soupçonnent aujourd’hui le Pastef de n’opérer qu’un tour de passe-passe avec sa candidature, qui pourrait être retirée aussi vite qu’elle a été annoncée – ce que les membres du parti ne démentent pas. « Notre candidat demeure Ousmane Sonko. Nous continuons la bataille judiciaire, mais nous sommes aussi réalistes. Il fallait lancer la candidature de Bassirou Diomaye Faye pour occuper le terrain et mobiliser les troupes », répond El Malick Ndiaye.

S’il réussit à faire valider son dossier de candidature, le secrétaire général du Pastef pourrait créer un précédent en Afrique : être élu depuis sa cellule de prison. Comme un certain Donald Trump candidat à la présidentielle américaine, malgré son inculpation pour près d’une quarantaine de charges, dont celle de « complot contre les États-Unis ».

Source : Jeune Afrique


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